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Au Roy de Ferrare
Ma Mignonne
Epistle from Venice
Penthesilea

Epistre envoyée de Venize à Madame la Duchesse de Ferrare par Clement Marot

[for a full scholarly treatment, click his link]

This Epistle Marot sent to Renée, duchess of Ferrara, from Venice (hence the title: envoyée de Venize). Mid 1536 Marot had left Ferrara, in quite obscure circumstances, but probably because he was wanted by the Inquisition. With the help of the French Ambassador of Venice, George de Selve, he had fled Ferrara (overnight it seems, hiding in his escort), a narrow escape. The most intriguing aspect of this epistle is that it is known in two versions, one with a quite explicit attack on the corruption in/of the Church, and the other in which all evangelical tones are carefully removed, because the addressee was no longer Renée who sympathised with the Reformation, but the new Constable of France, Anne De Montmorency, known for his rigorous conservatism in religious matters. Both share a severe critique of the materialism and low morals of the Venetians. To mark the sections from the original that can not be found in the version presented to De Montmorency, I used yellow. Partial translations into English can be found in M. Screech, Clément Marot, a renaissance poet discovers the gospel.. (Brill, 1994), also integrated below.

 

 

BnF ms. 4967 (original)

 

Receuil Montmorency

 

 

 

 

 

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Après avoir par mainctz jours visité

Ceste fameuse et antique cité,

Où tant d'honneur en pompe sumptueuse

T'a esté faict, Princesse vertueuse,

J'y ay trouvé que sa fondation

Est chose estrange et d'admiration.

Quant au surplus, ce qui en est surmonte

Ce que loing d'elle au mieulx on en racompte:

Et n'est possible à citadin mieulx faire

Pour à ce corps et à l'oeil satisfaire.

Que pleust à Dieu, ma tresillustre Dame,

Qu'autant soigneux ilz fussent de leur âme.

Certes leurs faictz quasi font assavoir

Qu'une âme au corps ilz ne cuydent avoir:

Ou s'ilz en ont, leur fantasie est telle,

Qu'elle est ainsy comme le corps mortelle.

Dont il s'ensuyt qu'ilz n'eslevent leurs yeulx

Plus hault ne loing que ces terrestres lieux,

Et que jamais espoir ne les convye

Au grand festin de l'eternelle vie.

Advient aussy que de l'amour du proche

Jamais leur cueur partial ne s'aproche:

Et si quelqu'un de l'offenser se garde,

Crainte de peine et force l'en retarde.

Mais où pourra trouver siege ne lieu

L'amour du proche où l'on n'ayme point Dieu?

Et comment peult prendre racine et croistre

L'amour de Dieu, sans premier le congnoistre?

J'ay des enfance entendu affermer

Qu’il est besoing congnoistre avant qu’aymer.

Les signes clers, qui dehors apparoissent

Pour tesmoigner que Dieu point ne congnoissent:

C’est qu’en esprit n’adorent nullement

Luy, qui est seul esprit totallement,

Ains par haulx chantz, par pompes & par mynes,

Qui est (mon Dieu) ce que tu abhomines.

Et sont encor les pouvres citoyens

Pleins de l’erreur de leurs peres payens.

Temples marbrins y font & y adorent

Images peinctz, qu’à grandz despens ilz dorent:

Et à leurs pieds, helas, sont gemissans

Les pouvres nudz, palles & languissans.

Ce sont, ce sont telles ymaiges vives

Qui de ces grans despenses excessives

Estre debv[r]oient aournées & parées,

Et de nos yeulx les autres separées.

Car l’Eternel les vives recommande.

Et de fuir les mortes nous commande.

 

Ne convient il en reprendre qu’iceulx?

Helas, Madame, ilz ne sont pas tous seulz:

De ceste erreur tant creue & foisonnée

La Chrestienté est toute empoisonnée.

Non toute, non: Le Seigneur regardant

D’oeil de pitié ce monde caphardant,

S’est faict congnoistre à une grand partie,

Qui à luy seul est ores convertie.

O Seigneur Dieu, faictz que le demourant

Ne voyse pas les pierres adorant!

C’est ung abus d’ydollastres sorty,

Entre Chrestiens plusieurs foys amorty,

Et remys sus tousjours par l’avarice

De la paillarde & grande meretrice,

Avec qui ont faict fornication

Les roys de terre, & dont la potion

Du vin public de son calice immonde

A si longtemps enyvré tout le monde.

After having - for several days - visited

that famous and antique city,

where you with honour and sumptuous pomp

once were celebrated, virtuous princess,

I found out that its foundation

is a strange thing, even amazing.

Concerning the rest, it surpasses

what people - far away - trumpet forth about her:

It is not possible for a citizen to be more pleased
in satisfying body and eyes.
Would to God, most illustrious Lady mine,
that they were as concerned for their souls.
Their deeds virtually prove that

they do not believe they have souls in their bodies:

Or that, if they do, their conviction is
That their souls are mortal like their bodies.

Whence it follows that they lift up their eyes
no higher nor further than these earthly places,

and that never hope invites them
to the great feast of everlasting life.

It also happens that to neighbourly love
their hearts never even partially draw near.









Clear signs, externally manifest,
Bear witness that they do not know God;
For in the Spirit they do not worship Him all
who, alone, is Spirit completely. [see note]

But with high chants and pomp and affectations,
which is (my God) an abomination to you.
And the wretched citizens are still
Full of the error of their pagan fathers.
They build marble temples, to adore therein

painted images expensively gilded.

Whilst at their feet, alas, lie groaning
The poor, all naked, pale and languishing.
They it is, they, who are the living images
Who, from that great, excessive expenditure
Ought to be bedecked and clothed,
Whilst those others are banished from our eyes.
For the Eternal commends those living [images] ,
But the dead ones he commands us to flee.


Is it not enough to criticise them for this?.

Alas, Madam, the Venetians are not the only ones:
By that error, so swollen and flourishing,
the whole of Christendom is poisoned.
No, not all. The Lord, looking
with an eye of pity on this hypocritical world,
Has made himself known to a large part of it,
that is now to Him alone converted.

O Lord God, make that what remains
should not go to worship stones.
That is an abuse, originated from idolaters,
Several times abolished amongst Christians
But ever set up again by the avarice
Of that great lecherous whore
[see note]
with whom have committed fornication
the kings of this earth, and of whom the potion
of public wine in her noisome cup
has so long intoxicated the entire world.

Après avoir par mainctz jours visité

Ceste fameuse et antique cité,

Où tant d'honneur en pompe sumptueuse

T'a esté faict, Princesse vertueuse,

J'y ay trouvé que sa fondation

Est chose estrange et d'admiration.

Quant au surplus, ce qui en est surmonte

Ce que loing d'elle au mieulx on en racompte:

Et n'est possible à citadin mieulx faire

Pour à ce corps et à l'oeil satisfaire.

Que pleust à Dieu, ma tresillustre Dame,

Qu'autant soigneux ilz fussent de leur âme.

Certes leurs faictz quasi font assavoir

Qu'une âme au corps ilz ne cuydent avoir:

Ou s'ilz en ont, leur fantasie est telle,

Qu'elle est ainsy comme le corps mortelle.

Dont il s'ensuyt qu'ilz n'eslevent leurs yeulx

Plus hault ne loing que ces terrestres lieux,

Et que jamais espoir ne les convye

Au grand festin de l'eternelle vie.

Advient aussy que de l'amour du proche

Jamais leur cueur partial ne s'aproche:

Et si quelqu'un de l'offenser se garde,

Crainte de peine et force l'en retarde.

Mais où pourra trouver siege ne lieu

L'amour du proche où l'on n'ayme point Dieu?

Et comment peult prendre racine et croistre

L'amour de Dieu, sans premier le congnoistre?

J'ay des enfance entendu affermer

Qu’il est besoing congnoistre avant qu’aymer.

Les signes clers, qui dehors apparoissent

Pour tesmoigner que Dieu point ne congnoissent:

C’est que par trop grans moyens & petitz

laschent la bride à tous leurs appetitz

Si que d’iceulx certes peu d’œuvres sortent

sentans celluy duquel le nom ilz portent.

D’avoir le nom de chrestiens ont pris cure,

puis sont vivans à la loy d’Epicure,

faisant yeulx, nez & oreilles jouyr

De ce qu’on peult veoyr, sentir & ouyr

Au gré des sens, & traictant ce corps comme

Si la gisoit le dernier bien de l’homme.

D’or & d’azur, de marbres blancs & noyrs

Sont enrichis leurs temples & manoirs,

D’art de painctures & medailles dorées,

Sont à grant coust leurs maison decorées;

Et à leurs pieds, helas, sont gemissans

Les pouvres nudz, palles & languissans.

Ce sont, ce sont telles medailles vives

Qui de ces grans despenses excessives

Deussent avoir parade & ornature,

Ou pour le moins qu’en recreant Nature

de leurs manoirs en ce point erigez

N’en feussent moins les povres soulagez.

 

 

  

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Au residu, affin que ceste carte

De son propos commancé ne s’escarte,

Savoir te faiz, Princesse, que deçà

Onques rommain empereur ne dressa

Ordre publicq, s’il est bien regardé,

Plus grand, plus rond, plus beau, ne myeulx gardé.

Ce sont, pour vray, grands & saiges mondains,

Meurs en conseil, d’executer soudains:

Et ne voy rien en toutes leurs pollices

De superflu, que pompes & delices.

Tant en sont plains, que d’eulx peu d’œuvres sortent

Sentans celuy duquel le nom ilz portent.

D’avoir le nom de Chrestien ont prins cure,

Puis sont vivans à la loy d’Epicure,

Faisans yeulx, nez & oreilles jouyr

De ce qu’on peult veoir, sentir & ouyr,

Au gré des sens, & traictent ce corps comme

Si là gisoit le dernier bien de l’homme.

Mesmes parmy tant de plaisirs menus,

Trop plus qu’ailleurs y triumphe Venus.

Venus y est certes plu reverée

Qu’au temps des Grecs, en l’isle Cytherée:

Car mesme reng de reputation,

De liberté & d’estimation,

Y tient la femme esventée & publique,

Comme la chaste, honnorable & pudique.

Et sont enclins (ce disent) à aymer

Venus, d’autant qu’elle est née de mer,

Et que sur mer ilz ont naissance prise,

Disant aussy qu’ilz ont basty Venise

En mer, qui est de Venus l’heritage,

Et que pourtant ilz luy doivent hommage.

Voulà comment ce qui est deffendu

Est par deçà permis & espandu.

Mais j'auroys peur de t'ennuyer, et puis

Tu l'as mieulx veu que escripre ne le puis.

Je t'escriroys aussy plus amplement

Du sage duc, et generalement

Des beaulx vieillardz: mais ma Dame et maistresse,

Tu les congnois, si font ilz ta haultesse.

Ilz savent bien que tu es, sans mentir,

Fille d'ung roy qui leur a faict sentir

Le grand pouvoir de son fort bras vainqueur,

Et la noblesse et bonté de son cueur.

Parquoy clorray ma lettre mal aornée,

Te suppliant, Princesse deux foys née,

Te souvenir, tandis qu’icy me tien,

De cestuy là que retiras pour tien

Quand il fuyoit la fureur serpentine

Des ennemys de la belle Christine.

 

Au residu, affin que ceste carte

De son propos commancé ne s’escarte,

Savoir te faiz, Princesse, que deçà

Onques rommain empereur ne dressa

Ordre publicq, s’il est bien regardé,

Plus grand, plus rond, plus beau, ne myeulx gardé.

Ce sont, pour vray, grands & saiges mondains,

Meurs en conseil, d’executer soudains:

Et ne voy rien en toutes leurs pollices

De superflu, que pompes & delices.

 

 

 

 

 

 

Mesmes parmy tant de plaisirs menus,

Trop plus qu’ailleurs y triumphe Venus.

Venus y est certes plu reverée

Qu’au temps des Grecs, en l’isle Cytherée:

Car mesme reng de reputation,

90 De liberté & d’estimation,

Y tient la femme esventée & publique,

Comme la chaste, honnorable & pudique.

Et sont enclins (ce disent) à aymer

Venus, d’autant qu’elle est née de mer,

Et que sur mer ilz ont naissance prise,

Disant aussy qu’ilz ont basty Venise

En mer, qui est de Venus l’heritage,

Et que pourtant ilz luy doivent hommage.

Voulà comment ce qui est deffendu

Est par deçà permis & espandu.

Mais j'auroys peur de t'ennuyer, et puis

Tu l'as mieulx veu que escripre ne le puis.

Je t'escriroys aussy plus amplement

Du sage duc, et generalement

Des beaulx vieillardz: mais ma Dame et maistresse,

Tu les congnois, si font ilz ta haultesse.

Ilz savent bien que tu es, sans mentir,

Fille d'ung roy qui leur a faict sentir

Le grand pouvoir de son fort bras vainqueur,

Et la noblesse et bonté de son cueur.

Parquoy clorray ma lettre mal aornée,

Te suppliant, Princesse deux foys née,

Te souvenir, tandis qu’icy me tien,

De cestuy là que retiras pour tien

Quand il fuyoit la fureur de les ruses

Des ennemys d’Apollo & des muses.

In the gospel of John Jesus claims that one should "worship the Father in spirit and in truth; for the Father seeketh such to worship him." .

Revelation 17,1-2: “Come, I will show you the judgment of the great harlot who is seated upon many waters, with whom the kings of the earth have committed fornication, and with the wine of whose fornication the dwellers on earth have become drunk.” . In the 16th C the pope/Roman-Catholic Church/ was often compared with the Antichrist or/and the great Whore of Babylon from the Apocalyps. 

 
   
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This site was last updated zaterdag, 03 september 2016